François Schuiten nous a fait l'immense honneur de réaliser l'affiche du Salon L'Autre Livre de novembre 2025.

Né à Bruxelles le 26 avril 1956, François Schuiten est un auteur majeur de la bande dessinée franco-belge, illustrateur et scénographe. Issu d’une famille d’architectes, il fait très tôt de l’architecture — et plus largement de la ville — la matrice de son imaginaire graphique. Avec le scénariste Benoît Peeters, qu’il rencontre au lycée, il crée Les Cités obscures, cycle matriciel qui explore des cités parallèles, utopiques et inquiétantes, devenu une référence de la BD d’auteur depuis les années 1980. Le premier album, Les Murailles de Samaris (1983), puis La Fièvre d’Urbicande (Alfred du meilleur album à Angoulême 1985) installent un univers singulier, entre ligne claire et hachures « à la gravure », où l’urbanisme dicte les destins humains.
Au-delà de la page, Schuiten déploie son sens de l’espace dans des interventions architecturales et muséales. Il conçoit en 1994 la scénographie « steampunk » de la station Arts et Métiers du métro parisien (ligne 11), hommage à Jules Verne et au Conservatoire national des arts et métiers.
Il signe aussi, avec l’équipe Expoduo, la scénographie du musée Train World à Schaerbeek, parcours immersif consacré à l’épopée ferroviaire belge, salué pour son audace théâtrale.
Grand défenseur du patrimoine, il œuvre avec Benoît Peeters à la restauration de la Maison Autrique (Victor Horta, 1893), rouverte au public avec une scénographie originale et un ouvrage de référence paru en 2004 (Maison Autrique, métamorphoses d’une maison Art nouveau). Cette action emblématique de leur intérêt pour Bruxelles et l’Art nouveau a contribué à mieux faire connaître l’œuvre de Horta.
Son goût pour les mondes possibles l’amène aussi au cinéma, où il intervient comme artiste conceptuel (architecture et graphisme) sur Mr. Nobody de Jaco Van Dormael et, plus en amont, sur The Golden Compass.
Parmi ses distinctions, François Schuiten reçoit le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2002 — il préside le festival l’année suivante — et le Japan Media Arts Festival Grand Prize (Manga) en 2013, reconnaissances qui consacrent l’ampleur internationale de son œuvre avec Peeters.
Après une période consacrée surtout à des expositions, intégrales et projets transversaux, le duo Schuiten-Peeters revient en 2023 dans l’univers des Cités avec Le Retour du capitaine Nemo (Casterman), variation vernienne qui reconnecte leur mythologie urbaine aux grandes fictions d’aventure.
Œuvres et repères (sélection)
Les Cités obscures (avec Benoît Peeters) : Les Murailles de Samaris (1983), La Fièvre d’Urbicande (1985), La Tour (1987), Brüsel (1992), La Frontière invisible (2002-2004), La Théorie du grain de sable (2007-2008), Le Retour du capitaine Nemo (2023).
Scénographies / architecture : station Arts et Métiers (Paris, 1994) ; musée Train World (Bruxelles-Schaerbeek, ouvert en 2015) ; Maison Autrique (Bruxelles, restauration et scénographie).
Cinéma : concept-art sur Mr. Nobody (2009) ; participation au développement visuel de The Golden Compass (2007).
Style et influence
Le dessin de Schuiten conjugue rigueur de la ligne claire belge et textures fouillées (hachures, jeux d’ombres) héritées de l’estampe. L’architecture y devient personnage à part entière : bâtiments, gares, passerelles et tours structurent la narration, questionnant la modernité, la mémoire urbaine et la bruxellisation. Cette approche a profondément influencé la BD européenne contemporaine et nourri d’innombrables expositions, rééditions intégrales et collaborations artistiques.